Le parcours de procréation médicalement assistée (PMA) est souvent associé aux examens médicaux, aux traitements, aux rendez-vous et aux protocoles. Pourtant, derrière ces étapes médicales se trouve une réalité humaine et émotionnelle particulièrement importante.
Comment, en tant que soignant, repérer une souffrance psychologique chez une personne ou un couple engagé dans un parcours de PMA ? Comment accueillir les émotions lorsqu’elles surgissent en consultation ? Et surtout, quels mots privilégier et lesquels éviter ?
Pour répondre à ces questions, nous avons échangé avec Juliette, psychologue clinicienne formée aux thérapies comportementales et cognitives (TCC), spécialisée notamment dans l’accompagnement de l’infertilité des couples en parcours ou en réflexion de parcours de PMA.
Comprendre les besoins psychologiques des personnes en parcours de PMA
Le premier besoin identifié est celui de reconnaître la souffrance liée au parcours.
Entrer dans un parcours de PMA implique parfois de devoir faire le deuil d’une grossesse telle qu’elle avait été imaginée. Cette réalité peut concerner les couples, mais également les personnes qui souhaitent avoir un enfant seules et qui se retrouvent confrontées à des démarches médicales parfois longues et complexes.
Il est donc essentiel de pouvoir reconnaître et légitimer les émotions vécues : déception, tristesse, colère, inquiétude, découragement ou encore sentiment d’injustice.
Le besoin de comprendre et de savoir ce qui va se passer
Le parcours de PMA comporte également une importante part d’incertitude. Les personnes savent qu’elles entrent dans un protocole, mais ne savent pas toujours précisément comment celui-ci va se dérouler ni quelles seront les prochaines étapes.
Dans ce contexte, avoir accès à des informations claires et compréhensibles est rassurant.
Les consultations médicales sont parfois contraintes par le temps et ne permettent pas toujours de répondre à toutes les interrogations. Les autres professionnels qui accompagnent la personne peuvent alors avoir un rôle important : pouvoir répondre à certaines questions, expliquer ce qui est de leur ressort et, lorsque cela dépasse leur champ de compétences, orienter vers le professionnel approprié.
Cette prévisibilité permet notamment de diminuer une partie de l’incertitude qui accompagne le parcours.
Retrouver une forme de contrôle
Le parcours de PMA peut donner le sentiment que beaucoup de choses échappent à la personne : examens, traitements, résultats, rendez-vous, délais et décisions médicales.
Dans ce contexte, les accompagnements paramédicaux peuvent parfois permettre de retrouver une forme de pouvoir d’agir.
Ces rendez-vous ne sont pas nécessairement obligatoires dans le parcours médical. Ils peuvent être recommandés ou choisis librement par la personne. Le fait de pouvoir décider d’aller consulter une ostéopathe, une sage-femme, un autre professionnel de santé ou tout autre intervenant peut ainsi contribuer à redevenir actrice ou acteur de son parcours.
L'enjeu n'est alors pas uniquement celui d'une « prise en charge » supplémentaire. Ces rendez-vous peuvent aussi représenter un espace choisi, un moment consacré à soi et à son bien-être.
Ne pas être réduit à un dossier médical
Un autre besoin particulièrement important est celui de ne pas se sentir réduit à un dossier ou à un protocole.
Dans le parcours médical, la personne peut avoir le sentiment que son corps et ses résultats occupent toute la place. Les consultations avec d'autres professionnels peuvent alors devenir des espaces où elle peut être davantage entendue et écoutée.
Pouvoir parler de ce que l'on vit, être reconnu dans ses émotions et retrouver une place en tant que personne, au-delà des examens et des résultats, constitue un véritable besoin.
Souffrance psychologique : distinguer les émotions du quotidien d'une souffrance qui déborde
Être triste, inquiet ou découragé au cours d'un parcours de PMA n'est pas nécessairement le signe d'un trouble psychologique. La difficulté consiste plutôt à repérer quand la souffrance prend une place trop importante dans la vie quotidienne.
Plusieurs signaux peuvent attirer l'attention des soignants.
Quand le parcours prend toute la place
Un premier élément à observer concerne les ruminations et la place occupée par le parcours de PMA dans les pensées quotidiennes.
Lorsque la personne ne parvient plus à penser à autre chose, que le protocole devient omniprésent ou qu'une forme d'obsession autour des différentes étapes apparaît, il peut être pertinent d'explorer davantage son vécu.
Il faut notamment être attentif à une éventuelle perte de plaisir et d'intérêt, appelée anhédonie : les activités qui procuraient habituellement du plaisir disparaissent progressivement et la personne ne trouve plus d'intérêt à ce qui faisait auparavant partie de son quotidien.
L'isolement social peut également constituer un signal d'alerte.
Observer les répercussions dans la vie quotidienne
Au-delà du discours de la personne, il peut être utile d'explorer très concrètement son quotidien.
Quelques questions simples peuvent permettre de mieux comprendre la situation :
- Faites-vous encore des activités que vous aimez ?
- Voyez-vous encore vos amis ou votre entourage ?
- Comment dormez-vous ?
- Avez-vous des difficultés à vous endormir ou des réveils nocturnes ?
- Vous réveillez-vous reposée ou fatiguée ?
- Comment se passe votre alimentation ?
- Mangez-vous davantage ou moins qu'avant ?
- Avez-vous davantage de douleurs ?
- Quelle place les rendez-vous et le parcours de PMA occupent-ils dans votre journée ?
Ces questions permettent de dépasser une réponse parfois très générale comme « ça va » ou « c'est difficile, mais ça va » et d'évaluer plus concrètement le retentissement du parcours.
Ne pas oublier la vie professionnelle
La sphère professionnelle mérite également une attention particulière.
Comment la personne organise-t-elle ses rendez-vous médicaux par rapport à son travail ? Est-il facile de s'absenter ? A-t-elle parlé de son parcours à son entourage professionnel ? Les rendez-vous et les contraintes du protocole génèrent-ils du stress ?
La profession exercée, les horaires de travail et les possibilités d'aménagement peuvent avoir une influence importante sur la manière dont la personne vit son parcours.
Cette dimension est parfois peu explorée alors qu'elle peut représenter une source supplémentaire de tension au quotidien.
Être attentif aux signes de désespoir
Certains signes nécessitent une vigilance particulière : l'expression directe ou indirecte d'idées noires ou de désespoir.
Dans ce contexte, il ne faut pas hésiter à poser clairement la question lorsque cela semble nécessaire.
Demander à une personne si elle a des pensées noires ne signifie pas qu'on va lui donner l'idée d'en avoir. Au contraire, pouvoir poser cette question explicitement peut permettre de ne pas passer à côté d'une souffrance importante.
L'important est de commencer par une question ouverte sur son vécu :
Comment vous sentez-vous ?
Comment vivez-vous tout cela ?
Comment ça se passe dans votre quotidien ?
Puis, en fonction des réponses, les questions peuvent devenir progressivement plus précises.
Que faire lorsqu'une personne craque émotionnellement en consultation ?
Une personne engagée dans un parcours de PMA peut arriver en consultation et, soudainement, se mettre à pleurer.
La première chose à faire est finalement assez simple : accueillir l'émotion.
Il n'est pas nécessaire de chercher immédiatement à réconforter ou à trouver une solution. Si la personne a besoin de pleurer, il est possible de lui laisser cet espace.
Tendre un mouchoir, proposer de prendre le temps nécessaire, reconnaître que l'émotion a sa place dans cet espace de consultation : ces gestes peuvent être largement suffisants.
Il est également important de ne pas chercher à rassurer à tout prix avec des phrases comme « ça va aller », puisque personne ne peut savoir précisément ce qui va se passer.
Chercher ce qui se joue derrière l'émotion
Une fois que la personne a pu exprimer son émotion, il peut être intéressant de chercher ce qui l'a déclenchée.
Est-ce directement lié au parcours de PMA ? Est-ce un événement survenu dans la journée ? Une mauvaise nouvelle médicale ? L'annonce de la grossesse de quelqu'un de l'entourage ? Une dispute avec le conjoint ou la conjointe ? Un sentiment de ne pas être compris ?
L'émotion qui apparaît pendant une consultation n'est donc pas nécessairement liée directement au protocole.
Le contexte de consultation peut simplement offrir, pour la première fois depuis plusieurs jours ou semaines, un espace où la personne peut enfin s'arrêter et prendre soin d'elle. Ce qui était jusque-là contenu peut alors trouver une place pour s'exprimer.
Ne pas avoir peur du silence
Face à une personne qui pleure, le silence peut être inconfortable pour le soignant. Pourtant, il n'est pas nécessaire de chercher à le remplir immédiatement.
Le silence peut permettre à la personne d'extérioriser ce qu'elle ressent, de reprendre ses esprits et progressivement de retrouver son souffle.
Il ne signifie pas nécessairement que la situation va s'éterniser ou que la personne restera inconsolable pendant toute la consultation.
Un simple :
« Prenez le temps qu'il vous faut. »
peut suffire à montrer que l'émotion est accueillie et qu'elle a sa place dans cet espace.
L'objectif n'est pas forcément de faire disparaître l'émotion, mais de permettre à la personne de la traverser sans avoir à la cacher.
Les phrases à éviter lorsqu'on accompagne un parcours de PMA
Certaines phrases sont fréquemment prononcées avec de bonnes intentions. Pourtant, elles peuvent avoir un effet inverse de celui recherché.
C'est notamment le cas de :
- « Détendez-vous. »
- « Ça va aller. »
- « Il faut moins stresser. »
- « Partez en vacances. »
- « Essayez de lâcher prise. »
- « Vous y pensez trop. »
- « Pensez à autre chose. »
Ces phrases peuvent involontairement faire porter à la personne une responsabilité supplémentaire.
Le parcours de PMA occupe naturellement une place importante dans les pensées : il comporte des rendez-vous médicaux, des traitements, des examens et un enjeu émotionnel considérable. Demander à quelqu'un de « moins y penser » n'est donc pas toujours réaliste.
Cela peut même conduire à une forme de culpabilité : « Si je n'y arrive pas, c'est peut-être parce que je stresse trop » ou « Je fais mal les choses ».
La personne peut alors avoir le sentiment de ne pas seulement échouer à obtenir une grossesse, mais également de « mal vivre » son parcours.
Éviter les fausses promesses
Il peut également être tentant de rassurer en affirmant :
- « Je suis sûre que le prochain cycle va fonctionner. »
- « La prochaine fois, ça ira. »
- « Je le sens, vous aurez un enfant. »
Pourtant, le professionnel ne peut pas savoir ce qui va se passer.
Même lorsque l'intention est profondément bienveillante, faire une promesse sur l'issue du parcours peut être problématique. Si le résultat attendu n'arrive pas, la personne peut se retrouver confrontée à une nouvelle déception.
Cela peut également fragiliser la relation de confiance avec le professionnel : celui-ci avait annoncé que cela fonctionnerait, alors que ce n'est finalement pas le cas.
Il est donc préférable de ne pas créer de certitude là où il existe de l'incertitude.
« Vous êtes jeune, vous avez le temps »
Cette phrase peut également sembler rassurante, mais elle ne tient pas nécessairement compte de l'histoire de la personne.
L'âge au moment où la personne entre dans le parcours ne permet pas de connaître la durée réelle des difficultés rencontrées. Une personne peut avoir commencé son parcours relativement jeune et être engagée dans celui-ci depuis plusieurs années.
Dire « vous avez le temps » peut donc minimiser le vécu et la temporalité personnelle de la personne.
« Vous pourrez toujours adopter »
L'adoption ne doit pas non plus être présentée comme une solution de remplacement simple ou immédiate.
L'adoption constitue un parcours à part entière, avec ses propres démarches, son propre temps et ses propres enjeux.
Proposer trop rapidement cette alternative peut donner le sentiment de passer à côté du chemin que la personne est actuellement en train de parcourir et de minimiser la difficulté qu'elle rencontre aujourd'hui.
L'enjeu, pour le soignant, est donc moins de chercher immédiatement à trouver une solution que de pouvoir être présent, écouter et accueillir ce que la personne vit réellement.
Autoriser les émotions plutôt que chercher à rester positif à tout prix
Dans un parcours de PMA, il existe parfois une injonction implicite à rester positif : il faudrait garder espoir, ne pas trop s'inquiéter, essayer de « penser positif » jusqu'au bout.
Pourtant, un parcours de PMA peut être difficile et douloureux. Il est donc normal, à certains moments, de ressentir des émotions désagréables.
La tristesse, la colère, la peur, l'anxiété ou encore la jalousie ne signifient pas que la personne ne fait pas suffisamment d'efforts ou qu'elle ne « gère » pas correctement son parcours.
Au contraire, s'autoriser à ressentir ces émotions constitue déjà une étape importante.
Les mots du soignant ont un impact
Cette question du langage est particulièrement importante lorsque l'on accompagne des personnes en parcours de PMA.
Quel que soit son métier — médecin, professionnel paramédical ou autre soignant — le professionnel doit essayer de mesurer ses mots et la manière dont il formule les choses.
La situation est d'autant plus particulière lorsque l'on reçoit un couple. Il ne s'agit plus seulement d'accompagner une personne : deux personnes vivent le même parcours, mais peuvent le vivre de manière très différente.
Les mots prononcés pendant une consultation peuvent donc avoir des répercussions bien au-delà de celle-ci.
Lorsque le couple rentre chez lui et « débriefe » le rendez-vous, les paroles du professionnel peuvent parfois devenir un nouveau sujet de tension :
« Je t'avais dit que tu étais trop stressé(e). »
ou, à l'inverse :
« Oui, mais toi, tu n'y penses pas assez. »
Le parcours de PMA peut déjà être difficile à vivre dans le couple lorsque chacun ne ressent pas les choses de la même manière. Une formulation maladroite peut alors renforcer involontairement ces incompréhensions.
Colère, tristesse, peur, jalousie : normaliser les émotions
Plusieurs émotions peuvent se rencontrer au cours du parcours : la tristesse, la colère, la peur, l'anxiété, mais aussi la jalousie.
La jalousie peut notamment apparaître lorsqu'une personne de l'entourage annonce une grossesse.
Il est possible d'être sincèrement heureux pour une amie tout en ressentant simultanément de la colère, de la tristesse ou une profonde douleur face à cette annonce. Ces émotions peuvent sembler contradictoires, voire difficiles à accepter pour la personne elle-même.
La colère peut également être dirigée contre différentes personnes ou situations : le conjoint ou la conjointe, l'entourage familial, les parents ou beaux-parents qui posent certaines questions, ou encore le corps médical lorsque la personne a le sentiment que les choses ne vont pas assez vite.
Normaliser sans minimiser
L'un des premiers outils dont dispose le soignant est donc de normaliser ces émotions.
Il peut être particulièrement aidant de verbaliser que d'autres personnes vivant des parcours similaires ressentent également ce type d'émotions.
Dire, par exemple, que la jalousie, la colère ou l'anxiété peuvent apparaître dans ce contexte permet de réduire le sentiment d'isolement et parfois la culpabilité associée.
Il ne s'agit pas de dire que « tout va bien » ou que la souffrance n'est pas importante, mais plutôt de permettre à la personne de comprendre que son émotion a du sens au regard de ce qu'elle traverse.
S'appuyer sur la thérapie d'acceptation et d'engagement
Parmi les approches utilisées par Juliette figure la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT).
Cette approche propose notamment différentes métaphores permettant d'aider les patients à comprendre leur rapport aux émotions.
La métaphore des sables mouvants
La métaphore des sables mouvants peut être particulièrement parlante.
Lorsqu'une personne tombe dans des sables mouvants et se débat pour essayer d'en sortir, elle risque paradoxalement de s'enfoncer davantage.
Les émotions peuvent fonctionner de manière similaire.
Lorsqu'une émotion intense apparaît, chercher absolument à la combattre, à la faire disparaître ou à ne surtout pas la ressentir peut parfois conduire à rester davantage « coincé » dans celle-ci.
À l'inverse, accepter temporairement sa présence et attendre qu'elle évolue peut permettre progressivement de retrouver davantage de liberté.
Une émotion monte, atteint un pic puis redescend
Une émotion peut être comparée à une vague : elle apparaît, monte progressivement, atteint un pic d'intensité, puis finit par se stabiliser avant de redescendre.
Le moment le plus difficile est souvent celui où l'émotion monte. Elle peut être douloureuse et intense, et la personne peut avoir l'impression qu'elle ne saura pas quoi en faire.
L'un des messages importants à transmettre est alors que l'émotion finira par redescendre.
La personne est capable de vivre cette émotion sans nécessairement devoir immédiatement la supprimer.
Cette émotion est également porteuse d'une information : si elle est aussi intense, c'est notamment parce que le sujet est important pour la personne, parce qu'il compte et qu'il existe un véritable enjeu affectif.
L'objectif peut alors être de se demander :
« Qu'est-ce qui pourrait me faire du bien maintenant pour traverser cette émotion ? »
Il ne s'agit donc pas nécessairement de faire disparaître l'émotion, mais de trouver les ressources permettant de la réguler et de traverser ce moment.
Accompagner l'attente après une insémination ou un transfert
L'attente constitue une autre difficulté majeure des parcours de PMA.
Parmi les différentes périodes d'attente, celle qui est souvent décrite comme particulièrement longue est celle qui se situe entre l'insémination ou le transfert et le résultat.
En termes de durée, il s'agit d'environ deux semaines. Pourtant, ces quinze jours peuvent être vécus comme particulièrement longs parce qu'ils concentrent une forte incertitude : le traitement a-t-il fonctionné ? Le résultat sera-t-il positif ? Pourra-t-on passer à l'étape suivante ?
Cette période possède donc une dimension psychologique particulière.
Anticiper la difficulté de la deuxième semaine
Une première piste consiste à prévenir les patients que cette période risque d'être difficile et à les aider à l'anticiper.
La première semaine peut parfois sembler passer relativement rapidement. La deuxième peut être plus compliquée, car l'envie de vérifier, de tester ou de rechercher des signes devient plus importante.
La personne peut commencer à se demander :
- « Est-ce que je pourrais déjà faire un test ? »
- « Est-ce que ce symptôme signifie que ça a fonctionné ? »
- « Est-ce que je peux déjà savoir ? »
- « Est-ce que si je teste quelques jours plus tôt, j'aurai une réponse ? »
Pour traverser cette période, il peut être utile de prévoir des activités agréables chaque jour, particulièrement pendant cette deuxième semaine.
Ce conseil peut être proposé par différents professionnels qui accompagnent la personne : il ne nécessite pas nécessairement une prise en charge psychologique spécifique.
L'idée est de construire à l'avance un planning qui laisse une place à d'autres choses que l'attente du résultat.
Faire de la psychoéducation sur l'hypervigilance aux symptômes
Pendant cette période, le cerveau peut naturellement se focaliser sur les sensations corporelles.
Une crampe, une tension, une fatigue inhabituelle ou n'importe quel symptôme peut alors devenir l'objet d'une interprétation :
« Ça y est, ça a marché. »
ou, à l'inverse :
« Ça y est, c'est terminé, ça n'a pas fonctionné. »
Il peut être intéressant de prévenir les patients de cette tendance à rechercher et interpréter les signes corporels.
Le simple fait de savoir que cette hypervigilance peut apparaître permet parfois de ne pas être surpris lorsque celle-ci survient.
Encadrer les comportements de vérification
La période d'attente peut également entraîner une multiplication des comportements de vérification.
Rechercher ses symptômes sur Internet, utiliser différents moteurs de recherche, consulter les informations disponibles en ligne, chercher le test de grossesse le plus précoce ou multiplier les achats de tests peuvent devenir des comportements qui entretiennent l'anxiété.
L'objectif n'est pas nécessairement d'interdire ces comportements, mais plutôt de réfléchir en amont à ceux que l'on souhaite s'autoriser et à ceux que l'on souhaite limiter.
Par exemple :
- éviter de rechercher systématiquement chaque symptôme ;
- ne pas passer des heures à chercher des témoignages ou des réponses en ligne ;
- limiter les vérifications répétées ;
- réfléchir à l'avance au moment où le test sera réalisé ;
- anticiper les situations qui risquent de faire monter l'anxiété.
Le fait de définir ces règles avant d'être submergé par l'attente peut rendre cette période plus prévisible et donc légèrement plus supportable.
Créer un « temps de l'inquiétude »
Une autre stratégie proposée consiste à dédier un temps précis aux inquiétudes.
Par exemple, la personne peut décider de consacrer quinze minutes par jour à ses inquiétudes pendant la période d'attente.
Pendant ces quinze minutes, elle peut s'autoriser à penser au résultat, à imaginer ce qui se passera si le traitement n'a pas fonctionné, à ressentir sa tristesse ou à ruminer.
Puis, lorsque ce temps est terminé, l'objectif est de pouvoir revenir à une autre activité.
Cette approche permet de ne pas laisser l'inquiétude occuper chaque instant de la journée.
Elle peut également aider à attendre, autant que possible, le moment prévu pour réaliser le test plutôt que de multiplier les vérifications au fil des jours.
Ces outils ne fonctionneront évidemment pas de la même manière pour tout le monde. La manière de vivre l'incertitude varie d'une personne à l'autre. Ils constituent néanmoins des pistes simples que les soignants peuvent proposer pour rendre l'attente un peu plus supportable.
Ne pas oublier les hommes dans l'accompagnement psychologique de la PMA
L'accompagnement psychologique autour de la PMA est parfois spontanément associé à la femme.
Pourtant, les hommes peuvent également être en souffrance, même si leur demande de consultation semble moins fréquente.
Certains hommes peuvent notamment consulter au début du parcours, lors de la phase de bilan, lorsqu'ils sont très anxieux à l'idée que l'infertilité puisse être liée à eux.
Ils peuvent également chercher à protéger leur conjointe.
Lorsqu'ils voient leur partenaire déjà très stressée ou triste à chaque cycle qui ne fonctionne pas, certains peuvent avoir tendance à garder leurs propres émotions pour eux afin de ne pas lui ajouter une difficulté supplémentaire.
La consultation psychologique devient alors un espace où ils peuvent déposer leurs émotions ailleurs, sans avoir le sentiment de faire porter une charge supplémentaire à leur partenaire.
Quand le couple ne vit pas la PMA de la même manière
Les couples peuvent également être accompagnés ensemble, mais aussi individuellement.
Il est fréquent que les deux partenaires ne vivent pas le parcours de la même façon.
On retrouve parfois une personne très proactive : elle effectue de nombreuses recherches, prend les rendez-vous, s'informe et organise activement les différentes étapes.
L'autre peut sembler beaucoup plus en retrait, voire désengagée.
Mais ce retrait ne signifie pas nécessairement qu'elle s'en fiche.
Il peut au contraire correspondre à une stratégie de protection : éviter de trop ressentir, limiter l'espoir, se protéger d'une éventuelle déception ou ne pas vouloir être submergé par les émotions.
Cette différence peut également se retrouver lorsque le test devient positif. Une personne peut avoir beaucoup de difficultés à se réjouir pleinement, par peur que quelque chose arrive ensuite et que cette joie se transforme en souffrance.
Comprendre ces différences permet d'éviter d'interpréter trop rapidement le comportement du partenaire comme un manque d'implication.
Préserver des espaces de couple en dehors de la PMA
Une piste importante consiste à aider les couples à différencier les temps consacrés à la PMA et les temps consacrés à leur vie de couple.
Comme pour le « temps de l'inquiétude », il peut être proposé de définir une période pendant laquelle le couple s'autorise à parler librement de la PMA :
- les rendez-vous ;
- les traitements ;
- les résultats ;
- les inquiétudes ;
- les différentes étapes ;
- les scénarios possibles si cela fonctionne ou non.
Cela peut être vingt minutes par jour si le couple en ressent le besoin, ou un temps défini dans la semaine.
Mais le reste du temps, l'objectif est de pouvoir retrouver d'autres dimensions de la relation : sortir, voir des amis, partager des activités, rire, se retrouver et continuer à prendre soin de son couple.
Car le couple reste un couple, indépendamment du parcours de PMA.
L'enjeu est donc aussi de préserver un espace où les deux personnes peuvent continuer à s'aimer et à exister ensemble autrement que comme deux personnes engagées dans un parcours médical pour avoir un enfant.
Se protéger des questions et des intrusions de l'entourage
Les maladresses ne viennent pas uniquement du corps médical. L'entourage peut lui aussi poser des questions ou faire des remarques qui, même sans mauvaise intention, peuvent être difficiles à vivre pour les personnes engagées dans un parcours de PMA.
Le parcours peut en effet rendre accessibles à l'entourage des informations qui, dans une grossesse spontanée, resteraient généralement beaucoup plus intimes.
Les proches peuvent parfois demander des nouvelles des examens, des traitements, des résultats ou des différentes étapes du parcours. Pour les personnes concernées, ces questions répétées peuvent devenir pesantes.
Préparer quelques réponses à l'avance
Une stratégie simple consiste à préparer avec les patients deux ou trois phrases qu'ils se sentent capables de répéter, notamment lorsque certaines questions reviennent régulièrement.
Par exemple :
« Je te donnerai des nouvelles quand j'en aurai. »
« C'est un sujet difficile pour moi, donc je préfère le garder pour moi pour le moment. »
Préparer ces réponses permet de ne pas avoir à trouver ses mots dans un moment où l'émotion est déjà importante.
Cela peut également aider à poser des limites sans avoir à entrer dans de longues explications.
L'idée est de rappeler que le parcours de PMA n'oblige pas à rendre compte de chaque étape à son entourage.
Se donner le droit de ne pas participer à certains événements
La protection peut également concerner les événements de la vie de l'entourage.
Une baby shower, une annonce de grossesse ou un événement familial peut être particulièrement difficile à vivre à certains moments du parcours.
Il est alors important d'encourager la personne à s'écouter :
« Est-ce que j'ai envie et la capacité de vivre cette situation aujourd'hui ? »
Si la réponse est non, il est possible de ne pas y participer.
Ne pas aller à une baby shower aujourd'hui ne signifie pas que l'on n'y participera jamais. Cela signifie simplement que ce jour-là, cette situation est trop difficile.
Cette nuance est importante : se protéger n'est pas nécessairement fuir définitivement une situation, mais reconnaître ses limites à un moment donné.
Anticiper les annonces difficiles
Il peut également être utile de demander à l'entourage de modifier la manière dont certaines informations sont annoncées.
Par exemple, une personne peut demander à ses proches de ne pas lui annoncer une grossesse devant plusieurs personnes, mais de la prévenir auparavant par message.
Cela lui permet de recevoir l'information dans un espace où elle peut laisser sortir ses émotions sans avoir immédiatement à afficher de la joie.
Elle peut alors prendre le temps nécessaire pour pleurer, être triste ou ressentir de la colère, puis retrouver progressivement ses émotions positives envers la personne concernée.
Cette organisation permet notamment d'éviter d'être prise au dépourvu et de devoir immédiatement faire semblant d'être heureuse devant tout le monde.
Poser des limites n'est pas manquer de bienveillance
Lorsque les limites sont expliquées, l'entourage peut parfois comprendre et se montrer bienveillant.
Mais si certaines personnes ne respectent pas ces limites, la priorité peut être de se préserver.
Une personne en parcours de PMA n'est pas obligée de se confronter systématiquement à toutes les situations susceptibles de générer des émotions douloureuses, lorsqu'elle a la possibilité de les éviter.
La vie comporte déjà suffisamment de situations difficiles. Lorsqu'un choix est possible, il est légitime de choisir de ne pas s'exposer à une situation que l'on ne se sent pas capable de vivre à cet instant.
Des outils corporels pour réguler le stress et les émotions
L'accompagnement psychologique peut également s'appuyer sur des techniques corporelles.
Parmi les outils utilisés figurent notamment :
- les exercices de relaxation ;
- la cohérence cardiaque ;
- la relaxation de Jacobson ;
- les techniques d'affirmation de soi.
La relaxation de Jacobson : retrouver une sensation de contrôle
La relaxation de Jacobson repose sur des cycles volontaires de contraction puis de décontraction musculaire.
Elle peut être particulièrement intéressante dans le contexte de la PMA, car le parcours peut donner le sentiment de « donner son corps à la médecine » et de perdre une partie du contrôle sur celui-ci.
Dans la relaxation de Jacobson, la personne reprend au contraire une forme de contrôle très volontaire : elle choisit de contracter certains muscles, puis de les relâcher.
Cette dimension peut être apaisante et permettre de retrouver une sensation d'action sur son propre corps.
La cohérence cardiaque dans les moments stressants
La cohérence cardiaque peut également être proposée comme un outil simple et rapidement mobilisable.
Elle peut notamment être utilisée avant un rendez-vous stressant ou dans une salle d'attente.
Même quelques minutes peuvent permettre de prendre un temps pour soi et de diminuer progressivement la tension ressentie.
L'intérêt de ces outils est notamment leur accessibilité : ils peuvent être utilisés sans matériel particulier et intégrés facilement au quotidien.
L'affirmation de soi : apprendre à écouter ses besoins
Lorsque les difficultés apparaissent dans les interactions avec l'entourage, les techniques d'affirmation de soi peuvent être particulièrement utiles.
L'objectif est d'apprendre à écouter ce que l'on ressent, identifier ses besoins et agir en conséquence.
Parmi les outils évoqués figure notamment la technique du « disque rayé ».
Le principe du disque rayé
Le principe est simple : identifier ce qui compte pour soi, formuler clairement sa limite, puis la répéter calmement autant de fois que nécessaire.
Par exemple, si un proche pose encore et encore des questions auxquelles la personne ne souhaite pas répondre, elle peut simplement répéter la même réponse.
Elle n'a pas besoin de construire une nouvelle justification à chaque question.
Le proche peut finir par se lasser d'entendre quinze fois la même réponse, mais la personne n'a pas à modifier sa limite pour autant.
Cette technique permet ainsi de ne pas se laisser entraîner dans une justification permanente et de rester centrée sur son besoin.
Prendre en compte les fluctuations émotionnelles
Les variations émotionnelles peuvent également être renforcées par les traitements hormonaux du parcours de PMA.
Les personnes peuvent alors avoir l'impression que leurs émotions sont particulièrement intenses ou qu'elles « réagissent trop ».
Il est important de ne pas interpréter cela comme une perte de contrôle ou comme le fait de « devenir folle ».
Les fluctuations hormonales peuvent contribuer à amplifier les émotions et renforcer le besoin de disposer de temps pour soi.
Là encore, l'objectif est de permettre à la personne de reconnaître ce qu'elle ressent et de s'autoriser à prendre soin d'elle.
La boîte à outils du soignant : 4 réflexes essentiels
Au terme de cet échange, plusieurs outils particulièrement simples et directement transposables dans la pratique peuvent être retenus.
1. Valider l'émotion avant de dérouler sa grille de questions
Le premier réflexe est probablement le plus important : prendre en compte l'émotion exprimée avant de poursuivre avec les questions prévues.
Lorsque l'on reçoit un patient, il est facile de se concentrer sur sa propre grille :
- les informations à recueillir ;
- les questions à poser ;
- les éléments à observer ;
- les objectifs de la consultation.
Mais cette organisation peut parfois faire passer au second plan ce que la personne est réellement en train d'exprimer.
Valider l'émotion permet au patient de se sentir entendu et reconnu.
Avant de chercher une solution, une information ou une orientation, il peut donc être utile de commencer par reconnaître ce qui est présent à cet instant.
2. Avoir un réseau de professionnels vers lesquels orienter
Le deuxième outil est très concret : constituer son propre annuaire de professionnels de confiance.
Un soignant ne peut pas répondre à toutes les dimensions du parcours de PMA.
Il peut donc être précieux d'identifier en amont différents professionnels vers lesquels orienter les patients selon leurs besoins : psychologues, ostéopathes, acupuncteurs, sophrologues ou autres professionnels avec lesquels une collaboration est pertinente.
La prise en charge psychologique peut être essentielle, mais elle ne répond pas nécessairement à tous les besoins.
Certaines personnes peuvent également avoir besoin d'une approche davantage corporelle, qui leur permette de se reconnecter à leur corps et de retrouver une sensation de bien-être.
Pour les patients qui ressentent un fort besoin d'« agir » et de mettre en place des choses dans l'espoir de favoriser leur parcours, disposer d'un réseau de professionnels peut également permettre de proposer des pistes concrètes et adaptées.
3. Savoir vers qui orienter en cas de besoin
Avoir un annuaire ne suffit pas : il est également important que le soignant se sente rassuré sur les professionnels vers lesquels il adresse ses patients.
Connaître les personnes avec lesquelles on travaille, savoir dans quel domaine elles interviennent et pouvoir leur faire confiance facilite les orientations.
Cette anticipation permet également au soignant de ne pas se retrouver démuni face à une demande qui dépasse son champ de compétences.
4. Préparer ses propres phrases pour les situations émotionnelles
Enfin, il peut être intéressant pour le professionnel de préparer lui aussi sa propre « liste de phrases ».
Si une patiente fond en larmes pendant une consultation, savoir à l'avance comment on souhaite réagir peut éviter de se retrouver déstabilisé.
Chaque professionnel peut identifier les formulations avec lesquelles il se sent à l'aise, par exemple pour :
- accueillir les pleurs ;
- proposer un temps de pause ;
- reconnaître l'émotion ;
- laisser un silence ;
- proposer de poursuivre plus tard ;
- orienter si nécessaire.
L'objectif n'est évidemment pas de réciter une réponse standardisée, mais de disposer de quelques repères afin de pouvoir rester présent lorsque l'émotion surgit.
Une posture avant tout : écouter, valider et orienter
L'accompagnement des personnes et des couples en parcours de PMA ne repose donc pas uniquement sur une liste de techniques.
Il repose aussi sur une posture : écouter ce qui est vécu, reconnaître les émotions, respecter les limites de chacun et savoir orienter lorsque cela est nécessaire.
Pour le soignant, disposer de quelques outils simples — des phrases préparées, des techniques de régulation, un réseau de professionnels et des repères pour identifier les signes de souffrance — permet déjà de mieux accompagner les personnes dans un parcours qui peut être long, incertain et émotionnellement éprouvant.
L'objectif n'est pas de supprimer les émotions liées à la PMA, mais de permettre à la personne de les comprendre, de les accueillir et de disposer de ressources pour traverser les différentes étapes du parcours.