Journée Internationale des personnes porteuses du syndrome d'Angelman : et si on en parlait ?

Journée Internationale des personnes porteuses du syndrome d'Angelman : et si on en parlait ?

 

Le Syndrome d'Angelman : Comprendre cette Maladie Rare

Introduction

Le 15 février marque la Journée Internationale du Syndrome d’Angelman, une occasion de sensibiliser le public à cette maladie génétique rare. Dans le cadre de cette journée, nous avons rencontré Emeline Lesecq-Lambre, orthophoniste spécialisée dans la prise en soin des enfants porteurs du syndrome d’Angelman. Membre du conseil paramédical et éducatif de l’Association Française du Syndrome d’Angelman (AFSA), elle nous éclaire sur cette pathologie, son diagnostic et son impact sur les familles concernées.

Qu’est-ce que le Syndrome d’Angelman ?

Le syndrome d’Angelman est une maladie génétique rare liée à une anomalie sur le chromosome 15. Il partage cette localisation chromosomique avec le syndrome de Prader-Willi, bien que leurs origines et symptômes diffèrent. Sa prévalence est estimée entre une naissance sur 12 000 et une naissance sur 20 000.

Les manifestations du syndrome varient d’un individu à l’autre, mais plusieurs caractéristiques cliniques sont fréquemment observées :

Retard de développement et déficience intellectuelle

Dès la naissance, un retard de développement est souvent perceptible, suscitant des inquiétudes précoces chez les parents. Ces enfants présentent une déficience intellectuelle dont l’évaluation est complexe, car leur compréhension est généralement bien supérieure à leur capacité d’expression. En effet, le langage oral est très limité, voire inexistant chez la plupart des patients.

Troubles moteurs et épilepsie

Une ataxie (trouble de la coordination des mouvements) est souvent observée, impactant la motricité globale et fine. Certains enfants ne parviennent pas à marcher, tandis que d’autres développent une démarche instable. Par ailleurs, environ 80 % des enfants atteints souffrent d’épilepsie, généralement détectée entre 2 et 3 ans. Si cette épilepsie peut être stabilisée par des traitements, elle tend parfois à disparaître à l’adolescence.

Troubles du sommeil

Les troubles du sommeil sont une difficulté majeure pour les familles. Les enfants atteints du syndrome d’Angelman dorment peu et ont des réveils nocturnes fréquents, souvent accompagnés de difficultés à se rendormir. L’usage de mélatonine et la mise en place de rituels du coucher peuvent aider à améliorer leur qualité de sommeil.

Un comportement généralement joyeux

Malgré ces défis, les enfants atteints du syndrome d’Angelman sont souvent décrits comme joyeux et communicatifs. Ils affichent une grande sociabilité et rient fréquemment, bien que ces rires puissent être influencés par des troubles de l’intégration sensorielle. De plus, une hyperactivité et une excitabilité marquées sont fréquemment rapportées.

Le Diagnostic et la Prise en Soin Médicale et Paramédicale

Un diagnostic précoce mais variable

Les premières inquiétudes parentales apparaissent généralement entre 6 et 12 mois. L’hypotonie bucco-faciale, qui impacte la succion et l’alimentation, constitue souvent un premier signe d’alerte. Le retard moteur, l’absence de babillage et, plus tard, l’apparition éventuelle de l’épilepsie renforcent la suspicion clinique.

Une consultation en neuropédiatrie, suivie d’une évaluation en génétique, permet d’aboutir au diagnostic. Le délai d’obtention des résultats peut varier de quelques semaines à plusieurs mois. Certains enfants reçoivent un diagnostic avant 12 mois, tandis que d’autres doivent attendre l’âge de 2 ans, voire plus.

La mise en place d’un suivi pluridisciplinaire

Une fois le diagnostic posé, un accompagnement médical et paramédical est essentiel. L’orthophoniste joue un rôle central dans la prise en soin des enfants porteurs du syndrome d’Angelman.

Emeline Lesecq-Lambre, qui intervient dans sa région auprès de ces enfants, est souvent sollicitée dès 12 mois, parfois même avant que le diagnostic ne soit confirmé. Son travail s’oriente principalement autour de deux axes :

  • L’alimentation, qui constitue souvent la première source d’inquiétude, notamment en raison des difficultés de succion et de déglutition.

  • La communication, avec un retard de babillage et une absence de langage oral nécessitant la mise en place de stratégies adaptées et d'outils de communication alternative robustes.

Les Défis Alimentaires et Oro-moteurs

À partir de 12 mois, les enfants atteints du syndrome d’Angelman peuvent rencontrer des difficultés liées à la diversification alimentaire. Ces difficultés peuvent être dues à une sélectivité alimentaire marquée ou à des troubles oro-moteurs affectant la gestion des textures. Certains enfants présentent des mouvements de langue incoordonnés, rendant la mastication difficile. Parfois, une succion prolongée et inefficace est rapportée, ce qui peut expliquer des difficultés précoces dans l’allaitement ou l’alimentation au biberon.

De plus, des troubles sensoriels peuvent compliquer l’acceptation des nouvelles textures et saveurs, nécessitant un accompagnement spécifique pour favoriser une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins de l’enfant.

La Communication Alternative : Un Outil Essentiel

Face à l’absence ou aux grandes limitations du langage oral, la mise en place d’un outil de communication alternative est un enjeu majeur pour ces enfants. Emeline Lesecq-Lambre insiste sur l’importance d’exploiter les compétences visuelles des enfants, qui disposent souvent d’une excellente mémoire visuelle et d’un attrait marqué pour les images et les photos.

L’élaboration d’un outil de communication, basé sur des pictogrammes ou d’autres supports visuels, prend du temps et nécessite une forte implication des parents. Mais une fois que l’enfant comprend que cet outil représente sa voix, il devient capable d’exprimer ses envies, ses besoins et ses observations sur son environnement. Même si cette communication ne peut remplacer complètement la spontanéité du langage oral, elle offre aux enfants un moyen précieux d’interaction avec leur entourage.

Les Défis du Quotidien pour les Familles

Les familles d’enfants porteurs du syndrome d’Angelman font face à de nombreux défis au quotidien. Les troubles sensoriels peuvent rendre difficile l’intégration des enfants dans des environnements bruyants ou surchargés, et les troubles du sommeil impactent grandement la vie familiale.

Les parents témoignent également des difficultés liées aux sorties en raison de l’hyperactivité et du besoin constant de surveillance. Certains enfants sont très expressifs et joyeux, ce qui peut parfois attirer des regards curieux ou désapprobateurs de la part des autres. De plus, leur besoin d’explorer leur environnement peut entraîner des situations de mise en danger nécessitant une vigilance accrue.

La Complexité du Suivi et la Nécessité d’un Relais

Le suivi des enfants atteints du syndrome d’Angelman demande une vigilance de chaque instant. Les troubles associés, tels que l’hyperexcitabilité, les difficultés d’anticipation et les problèmes attentionnels, nécessitent un accompagnement constant. Les parents doivent faire face à une fatigue chronique et à une inquiétude persistante quant à l’avenir de leur enfant.

Les structures d’accueil et les équipes médicales reconnaissent ces difficultés et soulignent l’importance d’un soutien adapté. Malgré une autonomie relative, ces enfants demandent une attention soutenue, ce qui peut être un défi au sein des établissements spécialisés.

La Scolarité des Enfants Angelman

L’intégration scolaire des enfants atteints du syndrome d’Angelman est possible, bien que conditionnée par plusieurs facteurs. Certains enfants peuvent suivre une scolarité en maternelle avec un maintien prolongé en grande section, leur permettant de bénéficier d’un environnement structurant et ritualisé. Les routines scolaires les aident à organiser leur temporalité, un aspect essentiel pour leur développement.

Cependant, des difficultés émergent dans des environnements trop stimulants. Une classe surchargée, un trop-plein de matériel ou d’affichages peuvent être sources d’inconfort. L’accompagnement par une AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) et une équipe pédagogique bienveillante est essentiel pour garantir une expérience positive.

Certaines familles choisissent une orientation en ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire) ou, dans des cas plus rares, une adaptation au collège avec des aménagements spécifiques. Néanmoins, dans la plupart des cas, ces enfants sont orientés vers des structures médico-sociales à mesure qu’ils grandissent.

Les Structures Médico-Sociales comme Soutien Essentiel

Ces structures offrent un relais crucial aux familles, en fonction des disponibilités et des moyens régionaux. Dès l’âge de 8 à 10 ans, certains parents expriment le besoin d’un accompagnement supplémentaire, comme un hébergement partiel en semaine. Cela permet non seulement de soulager la famille, mais aussi d’habituer progressivement l’enfant à un cadre différent du foyer familial.

L’enjeu principal reste l’adéquation entre les besoins de l’enfant et l’offre de prise en charge disponible, ce qui n’est pas toujours homogène selon les territoires.

L’AFSA et les Opportunités de Relais et d’Échanges

L’Association Française du Syndrome d’Angelman (AFSA) propose diverses initiatives pour soutenir les familles. Parmi elles, des sorties familiales permettent aux enfants et à leurs proches de partager des moments conviviaux (visites de parcs, séjours à Center Parcs, etc.). Ces événements sont précieux pour rompre l’isolement et renforcer les liens entre familles vivant des expériences similaires.

Des séjours encadrés sont également mis en place avec l’appui de bénévoles. Pendant que les enfants sont pris en charge le matin, les parents bénéficient de sessions d’information et de formation sur divers aspects du quotidien (alimentation, communication, etc.). Ces moments d’échange sont essentiels pour partager des stratégies adaptées et trouver du soutien auprès d’autres parents.

Le Soutien Psychologique des Parents

La prise en charge psychologique des familles est un élément clé. L’isolement et la charge mentale associés au suivi d’un enfant atteint du syndrome d’Angelman peuvent peser lourdement sur le moral des parents. Certains privilégient des échanges avec d’autres familles confrontées aux mêmes réalités, tandis que d’autres optent pour un accompagnement professionnel.

La mise en place de groupes de parole, de consultations avec des psychologues spécialisés et de temps de répit sont des solutions précieuses pour préserver l’équilibre familial et permettre aux parents de mieux appréhender le quotidien.

Conclusion

L’accompagnement des enfants atteints du syndrome d’Angelman est un défi nécessitant une mobilisation constante des familles et des professionnels. Si l’inclusion scolaire est possible sous certaines conditions, les structures médico-sociales demeurent une alternative essentielle. Le rôle des associations comme l’AFSA est fondamental pour offrir des moments de répit et renforcer les réseaux de soutien. Enfin, la prise en soin psychologique des parents doit être une priorité afin d’assurer un équilibre familial et une meilleure qualité de vie pour tous.

Ressources :

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