Pleurs inexpliqués du nourrisson : comprendre, rassurer, orienter

Pleurs inexpliqués du nourrisson : comprendre, rassurer, orienter

Introduction

Les pleurs chez le nourrisson sont universels — mais quand ils deviennent excessifs sans cause identifiable, ils génèrent une grande inquiétude chez les parents et posent un défi pour les professionnels de santé. Ce que l'on appelle souvent « colique » désigne cette situation de pleurs prolongés, difficiles à apaiser et dont l’étiologie n’est pas claire après un examen médical. Cet article passe en revue la littérature de niveau élevé (essais cliniques randomisés, méta-analyses, revues systématiques) pour éclairer ce phénomène, proposer des pistes d’action et des messages rassurants pour les familles.

Que savons-nous des pleurs inexpliqués (colique) : définitions et données épidémiologiques

  • Définition classique : la “règle des 3” de Wessel — pleurs de plus de 3 heures par jour, au moins 3 jours par semaine, sur au moins 3 semaines chez un enfant sain. Toutefois, cette définition est critiquée comme trop rigide. Les définitions modernes portent davantage sur des pleurs excessifs ou inconsolables sans cause évidente.

  • Épidémiologie : les pleurs erratiques commencent souvent dans les premières semaines de vie, augmentent vers 4-6-8 semaines, puis diminuent progressivement pour souvent s’arrêter ou s’atténuer vers 3-4 mois. Les proportions varient selon les études mais jusqu’à 10-20 % des nourrissons peuvent faire l’objet de consultations pédiatriques pour ce motif. Une revue sur la prévention et le traitement des coliques rapporte que les pleurs diminuent de façon naturelle dans tous les groupes, y compris les groupes témoins.

Causes possibles et exploration médicale

Avant de parler d’interventions, il est essentiel d’éliminer les causes organiques :

  • Examen clinique complet : fièvre, vomissements, diarrhée, sang dans les selles, reflux sévère, trouble de croissance ou signes neurologiques sont des signaux d’alerte.

  • Allergies alimentaires : protéines de lait de vache (PLV), etc., surtout si autres signes digestifs ou cutanés.

  • Reflux gastro-œsophagien pathologique, infections (otite, etc.), maladie métabolique rare.

Si aucun signe d’alerte, on parle de pleurs inexpliqués, et on peut passer aux interventions non invasives ou non pharmacologiques.

Dans la pratique, que convient-il de faire ? 

  1. Évaluation initiale

    • Recueil de l’anamnèse : nature des pleurs (heures, moment de la journée, mode d’alimentation, présence de selles, vomissements, prise de poids, signes respiratoires, fièvre, etc.).

    • Examen clinique complet pour détecter tout signe d’alerte.

    • Si signes d’alerte → investigations médicales / orientation spécialisée : pédiatre, gastropédiatre, allergologue, UTPB (unité thérapeutique parent-bébé)

  2. Information et accompagnement parental

    • Expliquer que les pleurs excessifs sont fréquents, souvent transitoires (p.ex. se réduisent autour de 3-4 mois).

    • Informer sur les techniques d’apaisement (portage, bercements, routines de sommeil, sucette, toucher / massage, bain tiède, etc.).

    • Valider le vécu des parents, proposer un soutien, possibilité de partage, de relais.

  3. Essai de modifications d’alimentation

    • Si allaitement exclusif : évaluation d’un régime maternel d’éviction (PLV) si suspicion (eczéma, sang dans les selles, etc.) seulement sur avis médical

    • Si nourrisson au biberon : envisager une formule hydrolysée ou de soja, selon les recommandations locales du pédiatre.

  4. Interventions complémentaires

      • Techniques non pharmacologiques (massage, portage, routine, soutien parental).

      • Éviter les interventions pharmacologiques inappropriées.

  5. Suivi et réévaluation

    • Évaluer après 1 à 2 semaines l’impact des mesures.

    • Si pas de progrès, envisager référence à un spécialiste (gastro-entérologie pédiatrique, allergologie).

    • Surveiller le bien-être parental (épuisement, symptômes dépressifs ou anxieux), proposer un soutien psychologique ou social si besoin.

Conclusion

Les pleurs inexpliqués chez le nourrisson sont une situation fréquente, perturbante mais généralement transitoire. Le rôle du professionnel de santé est avant tout :

  • d’exclure les causes organiques,

  • de rassurer et d’accompagner les parents,

  • de proposer des interventions non invasives seulement lié à son champ de compétence. Certaines recommandations ne doivent être guidés que par un avis médical (changement de lait, éviction des protéines de lait de vache, prise de probiotiques).

  • de surveiller l’évolution et d’orienter vers une prise en soin spécialisée si besoin.

La littérature scientifique soutient particulièrement le recours à Lactobacillus reuteri DSM 17938 comme option quand les parents souhaitent tenter quelque chose, ainsi que les interventions non pharmacologiques. Toutefois, aucun traitement ne garantit une disparition immédiate des pleurs, et il est fondamental de soutenir la famille dans ce parcours.

| Sources |

  • Wolke et al. — Systematic review & meta-analysis: Fussing and crying durations and prevalence of colic in infants (The Journal of Pediatrics, 2017).
  • Brazelton TB, Sparrow JD. Comprendre votre enfant : Les premiers mois. Éditions Odile Jacob.
  • UTPB : le dispositif 
  • La réglette professionnel de santé

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